Les refuges (Jérôme Loubry)

Tu as remarqué comme, parfois, de minuscules imperfections peuvent, indifféremment, sublimer ou ruiner une expérience ?

C’est ce qu’il m’est arrivé avec Les refuges, de Jérôme Loubry. A mon avis, on est passé à deux cheveux du chef d’oeuvre.

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Tu vas me dire, un cheveu, c’est rien du tout. Imagine, un plat dans un grand restaurant. Le plat parfait, l’équilibre incroyable des saveurs, des couleurs, de l’acidité, du croquant, de la douceur, de l’âpreté et un peu d’amertume, un tableau culinaire, servi dans une vaisselle fabuleuse.
Tu prends ton couteau et ta fourchette et tu le vois, là, au milieu de l’assiette. Un cheveu. Un cheveu d’homme sans doute, brun, court, épais.
Si tu es comme moi, tu auras beau le pousser sur le côté de ton assiette, tu hésiteras à porter ta fourchette à ta bouche, et tu n’auras pas du tout, du tout la même expérience que s’il n’y avait pas eu ce cheveu.

Résumé

Installée en Normandie depuis peu, Sandrine est priée d’aller vider la maison de sa grand-mère, une originale qui vivait seule sur une île minuscule, pas très loin de la côte.
Lorsqu’elle débarque sur cette île grise et froide, Sandrine découvre une poignée d’habitants âgés organisés en quasi autarcie. Tous décrivent sa grand-mère comme une personne charmante, loin de l’image que Sandrine en a.
Pourtant, l’atmosphère est étrange ici. En quelques heures, Sandrine se rend compte que les habitants cachent un secret. Quelque chose ou quelqu’un les terrifie. Mais alors pourquoi aucun d’entre eux ne quitte-t-il jamais l’île ?
Qu’est-il arrivé aux enfants du camp de vacances précipitamment fermé en 1949 ?
Qui était vraiment sa grand-mère ?
Sandrine sera retrouvée quelques jours  plus tard, errant sur une plage du continent, ses vêtements couverts d’un sang qui n’est pas le sien…

Mon avis

Ce que j’ai aimé :

  • Je trouvé l’idée fabuleuse. Je n’avais jamais entendu parler de ces refuges, ni des balises et l’histoire est vraiment géniale. Vraiment. Je voudrais l’écrire cinquante fois pour bien te le faire comprendre et que tu n’aies pas l’impression que le négatif l’emporte dans mon avis uniquement parce qu’il y a plus de mots dans ma critique critique que dans ma critique positive.
  • Globalement, c’est bien écrit, même s’il y a une ou deux scènes qui détonent complètement, un peu comme si le premier jet n’avait pas été sérieusement édité. Pas très grave. Disons que l’écriture se fait oublier et on ne lui en demande pas plus.
  • La structure du récit est très intéressante. Elle est linéaire entre les twists qui arrivent sans crier gare et changent complètement l’histoire de direction. C’est super agréable quand on aime ce genre de lecture, je trouve. On est désarçonné, pris à contre pied, puis on repart.
  • Les personnages, surtout ceux de l’île, sont vraiment bons, bien différenciés.
  • Il y a une grande rigueur (bon, avec un sujet pareil, pas question de s’emmêler dans les balises non plus) dans la construction de l’intrigue et j’apprécie vraiment.

Tu vas me dire : bon, il est où, ton cheveu ?
En fait, j’en vois deux :

  • le premier, c’est la multitude de petites incohérences qui m’ont littéralement empêchée d’être happée par l’histoire. Des trucs bêtes. Des tas de gens réussissent sans problème à passer là dessus, et moi, pour mon plus grand malheur, ça me saute à la figure et ça me fait relever la tête du livre. Sans spoiler, je vais te donner quelques exemples qui te permettront de mesure mon degré de chiantitude (et de le confronter au tien) :
    – Au début, il y a un bébé labrador qui court sur la plage, puis il est effrayé par quelque chose et revient vers sa maîtresse et, même avec sa maîtresse, ne va pas vers ce quelque chose. Je connais un peu les retrievers. Surtout en 1949, c’était des chiens de chasse. Ça n’agit pas comme ça, un bébé labrador, confronté à ce à quoi il est confronté.
    – La psy, qui explique que les pertes de mémoire sont impossibles parce que ses médocs sont super dosés, ben non, ça ne marche pas. C’est pas de l’horlogerie, la psychiatrie.
    Je ne peux pas trop t’en énumérer ni rentrer dans les détails au risque de spoiler et, encore une fois, l’histoire est vraiment top et il faut la lire. Mais moi, ça m’a rendue spectatrice de l’histoire, ça m’a empêchée de m’immerger dedans.
  • le deuxième, qui est un poil plus problématique à mon avis, c’est que, peut-être pour ne pas alourdir l’intrigue ou écrire trop de pages ou juste comme ça, il y a des parties de cheminement psychologique des protagonistes qui sont dits au lieu d’être montrés.
    On rentre ici dans le fameux « show, don’t tell » (montrer, plutôt que raconter) qui fait la différence entre un lecteur engagé et un lecteur spectateur. A un moment particulier, deux personnages ont des évolutions croisées, celui qui se comporte méchamment devient sympa et inversement. C’est une super idée, c’est complètement crédible sauf que… je ne marche pas, parce que quelques faits sont enfilés à la manière de perles sur un fil et, encore une fois, je me retrouve comme spectatrice et je ne ressens rien, pas d’empathie, pas de colère, pas d’émotion. C’est à mon avis le défaut majeur de ce livre que je trouve par ailleurs excellent. C’est plutôt bien traité au début ; on se met dans les pas de Sandrine qui arrive sur l’île et découvre ces gens bizarres. Mais on perd cet engagement après le milieu du livre et surtout à des moments qui sont, à mon avis, cruciaux.

Je t’avoue que j’avais un peu les pétoches en commençant la lecture. Les bouquins qui viennent de sortir et que tout le monde encense, je trouve ça presque inquiétant. Mais les commentaires avaient piqué ma curiosité. Je me suis lancée… et je t’engage à faire de même, parce que ça vaut chaque euro déboursé, et ce n’est pas si fréquent. Comme c’est une histoire à tiroirs, tu vas même pouvoir le relire pour débusquer tous les détails qui t’auraient échappé, donc tu vois, c’est un investissement rentable.
En tous les cas, ça m’a permis de découvrir un auteur que je ne connaissais pas et dont je vais m’empresser de lire les précédents ouvrages.

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